21 juin 2026

Temps de lecture : 7 min

Rapport Reuters 2026 : 10 chiffres clés qui révèlent l’évolution parfois surprenante des usages (et ce qu’il faut en déduire côté médias ou marques)

Les réseaux sociaux dépassent désormais la télé. L'IA pour s'informer ne décolle pas. Facebook reprend de l'importance comme canal d'info... Le Rapport Reuters 2026 dresse un état des lieux qui bouscule quelques idées reçues.

1. Les réseaux sociaux sont désormais le premier canal pour s’informer, devant la télé et le web

54 % des personnes interrogées utilisent les réseaux sociaux et les plateformes vidéo pour se tenir informé, devant les sites web et applications des médias (51 %). C’est désormais le moyen le plus utilisé pour accéder à l’actualité en ligne, et ce, toutes catégories d’âge confondues.

2. L’usage de l’IA pour s’informer progresse peu

10 % des personnes utilisent des chatbots d’IA pour s’informer, contre 7 % l’année dernière. Cet usage informatif des chatbots d’IA progresse moins rapidement que l’utilisation de l’IA à d’autres fins. Il est principalement le fait des personnes les plus intéressées par l’actualité et est plus concentrée parmi les jeunes (16 % des moins de 35 ans déclarent utiliser des chatbots d’IA pour s’informer).

👉 L’information en soi n’intéresse vraiment qu’une minorité de gens. On le constate quand on analyse le temps passé sur les applis mobile, beaucoup plus dédié au divertissement, au social et au shopping (voir le point 4 de cet article).

L’IA sert davantage à rendre des services pratiques (dépanner, rédiger un courrier, et répondre à des questions de connaissance générale, comme Wikipédia).

3. Le web et les applications continuent de décliner

Les principaux médias d’information ont constaté une baisse de la consommation de vidéos sur leurs sites et applications, de 5 points de pourcentage cette année, en moyenne. La consommation de vidéos en ligne se concentre sur les plateformes tierces.

De fait, 77 % de la population mondiale consomme des vidéos d’actualités en ligne chaque semaine. Dans 45 pays, on regarde davantage de vidéos d’actualités en ligne que de journaux télévisés – l’Allemagne, le Danemark et les Pays-Bas sont les seules exceptions.

👉 Ce point est critique pour les éditeurs et tous les producteurs de contenus, car ils se voient dépossédés progressivement de la distribution de leurs contenus. L’erreur serait de renoncer à développer ses propres canaux pour s’en remettre aux grandes plateformes.

On a vu depuis longtemps combien celles-ci font baisser la portée des contenus diffusés pour doper les campagnes payantes et augmenter ainsi leurs revenus. Buzzfeed ou Vice ont vu aussi le danger que représente une dépendance trop forte à une plateforme (Facebook a simplement diminué leur reach, car ils captaient trop de valeur).

L’erreur inverse consiste à délaisser les réseaux sociaux qui progressent dans les usages. La solution à cette quadrature du cercle ?

1. Avoir une stratégie « produit » avec des services exclusifs à forte valeur ajoutée (ex: l’appli « Quel Produit » de Que Choisir qui s’est téléchargée des centaines de milliers de fois).
Pour de l’actualité générale, ça peut être les bilans détaillés de l’action politique, avec comparaison dans le temps, et des infos utiles : prix de l’eau, des impôts locaux, densité des services publics…
Et surtout des espaces de discussion apaisés et intelligents ! C’est le point faible des plateformes, il faut l’exploiter et revenir au centre (pour ceux qui acceptent de la pub ciblée ou de payer).

2. Diffuser sur les réseaux sociaux en en donnant un peu, mais pas tout. Et en choisissant les sujets « marketing » qu’on donne totalement (moyennant une inscription) pour recruter et diffuser sa marque.

4. La télé classique décline, mais le téléviseur numérique progresse

Un quart (27 %) des personnes interrogées regardent désormais des actualités à la demande via des applications comme YouTube sur leur téléviseur connecté. L’audience des journaux télévisés est en déclin, mais trouve un certain relais par ce biais.

👉 Il faut dire qu’une large majorité de Français (84%) disposent désormais d’un écran connecté à Internet, que ce soit via une smartTV, sa box internet ou sa console de jeu… comme le révélait le rapport Arcom d’avril 2025.

5. Facebook reprend de l’importance comme canal d’information

31% des utilisateurs Facebook l’ont consulté pour s’informer, au cours de la semaine passée. Un chiffre en progression (+10 points!), ce qui inverse la tendance à la baisse observée récemment.

Viennent ensuite Youtube (24%), Instagram qui le talonne (23%), WhatsApp (20%) et TikTok (12%). Twitter stagne depuis 2014, Facebook Messenger aussi et Snapchat progresse un peu mais part de loin (1 à 3%).

👉 Il semble que Méta ait décidé d’augmenter le volume de contenu d’actualités sur sa plateforme. Ceci tend à contredire le discours selon lequel il n’a pas besoin des contenus informationnels.

La découverte d’actualités ne représente qu’une petite partie de l’expérience Facebook pour la grande majorité des gens” déclarait le groupe en 2023 pour justifier la fermeture de Facebook News

En cette période de forte tension géopolitique mondiale, une partie de la population est en attente d’infos pour se rassurer, ou évaluer les risques. Ceux-là surconsomment de l’actualité comme le montre bien la progression des audiences de la télé en continu. Ce qui n’empêche pas le mouvement contraire d’une autre partie de la population qui elle, se met en retrait de l’info (voir point 10)

6. Youtube est désormais la première plateforme sociale – tous usages confondus – Twitter décroche

Dans le classement des réseaux sociaux, tous usages confondus, Youtube est passé devant Facebook qui reste très haut (67%). Puis viennent WhatsApp (62%), Instagram (53%), TikTok (37%).

👉 Twitter perd 7 points d’usage en six ans, mais de toute évidence, son patron Elon Musk est décidé à exploiter cet outil pour promouvoir son idéologie, et la levée de fond réussie de SpaceX (2100 milliards $ de valorisation boursière), lui en donne les moyens

7. Les créateurs de contenus ne remplacent pas les médias, ils s’y ajoutent

27 % des personnes interrogées dans le monde s’informent auprès de créateurs spécialisés dans l’actualité, et près de la moitié (46 %) s’informent auprès de créateurs de tous types.

13 % des personnes interrogées seulement déclarent que la plupart, voire la totalité, de leurs besoins d’information sont satisfaits par des créateurs de contenu d’actualité. Et seulement 3 % des personnes s’appuient exclusivement sur les créateurs de contenu pour s’informer.

En réalité, ceux qui consultent les contenus des créateurs consomment davantage de médias traditionnels que la moyenne des personnes interrogées.

👉 Les créateurs de contenu sont appréciés car plus divertissants, plus faciles à comprendre et plus accessibles que les médias traditionnels. Il y a là une leçon dont doivent s’inspirer les médias : être plus pédagogues et moins ennuyeux. Mais, l’étude montre aussi que les créateurs sont considérés comme moins dignes de confiance et moins impartiaux que « d’autres acteurs », tels les médias.

8. Le niveau de confiance en l’information au plus bas, mais en raison de la contamination des réseaux sociaux et de l’IA

Seuls 37% des citoyens ont confiance en l’information consultée, c’est trois points de moins que l’an dernier et le niveau le plus bas depuis le début des mesures Reuters en 2015.

👉 La chute s’explique aussi par le côté très général de la question. En effet, la réponse est en partie influencée par la faible confiance accordée aux informations diffusées sur les réseaux sociaux (22%) et les chatbots d’IA (20%) qui progressent malgré tout dans les usages.

Les personnes qui déclarent ne pas faire confiance aux médias estiment généralement que ces derniers font un mauvais travail sur chacun des sujets abordés.

Plus de la moitié des Français qui ne font pas confiance aux médias (soit un net -56 points de pourcentage) pensent que les médias traitent mal l’immigration. D’ailleurs, ce sujet est mal traité aussi pour ceux qui considèrent que les médias font plutôt bien leur travail.

L’insatisfaction quant à la couverture médiatique est particulièrement marquée lorsque les gens découvrent ces sujets sur les réseaux sociaux.

Cette baisse de confiance mondiale reflète en partie des inquiétudes plus larges, dépassant le cadre du secteur de l’information : la confiance envers les institutions et les dirigeants est en net recul, et le journalisme est souvent la cible d’attaques directes de la part de personnalités politiques influentes.

Malgré ces pressions, la confiance envers les marques d’information individuelles les plus utilisées résiste mieux que la confiance envers l’information en général.

9. Les abonnements payants stagnent, sauf pour ceux qui cultivent la confiance

Le pourcentage de personnes payant pour accéder à l’actualité en ligne reste inchangé à 17 %. Il sera probablement plus difficile d’accroître les revenus générés par les lecteurs, car le flux d’abonnés aux sites web et applications d’actualités diminue.

👉 En France, il y a une légère augmentation : de 11 à 12%, mais le pays reste très bas dans le classement. Et ne suffit pas à financer la plupart des journaux, surtout avec l’ogre Le Monde qui rafle l’essentiel.

Le cas de l’Irlande est intéressant. Le pays atteint un chiffre impressionnant de 22% de la population qui paye pour s’informer, soit +10 points de pourcentage en six ans. Cette progression en Irlande s’explique, notamment, par le fait que les quatre principaux journaux irlandais de qualité sont passés sur un modèle d’abonnement payant, au cours de la dernière décennie. Et puis il faut noter aussi le taux de confiance élevé des Irlandais vis-à-vis des médias (46 % des Irlandais affirment pouvoir faire confiance à la plupart des informations la plupart du temps, contre 29% en France). Enfin, à noter aussi l’abonnement groupé avec le New York Times, malin car une part significative de la base d’abonnés de l’Irish Times vit hors d’Irlande (forte diaspora irlandaise dans le monde).

10. Le désintérêt vis-à-vis de l’actualité progresse globalement

Le refus de consulter l’actualité reste stable à 42 % d’une année sur l’autre (plus 13 points depuis 2017). Depuis 2021, la proportion de personnes qui se déclarent « extrêmement » ou « très » intéressées par l’actualité a diminué de 13 points.

Un quart (25 %) des personnes interrogées sont désormais des utilisateurs occasionnels ou passifs de l’actualité, qui ne consultent généralement l’information qu’une fois par semaine et déclarent n’y porter que peu ou pas d’intérêt, contre 16 % en 2021 (graphique en bas à gauche : les « casual users »).

👉 On assiste à une diminution de l’intérêt pour l’actualité pour une partie croissante de la population, à échelle mondiale et y compris dans les pays scandinaves, très grands consommateurs d’actualité. Il y a indéniablement un facteur conjoncturel d’évitement de news anxiogènes. Mais probablement aussi une explication plus structurelle de déplacement d’intérêt vers le divertissement. En atteste la progression de la consommation de fiction sur les plateforme de streaming, mais aussi le succès des plus gros créateurs de contenus et des formats « rabbit holes » qui pullulent sur TikTok et Instagram.

Cela représente un risque majeur pour nos démocraties, car le désintérêt pour l’actu est corrélé à celui de la chose publique. Et quand le citoyen se désintéresse de la politique, il laisse la place aux ultra-politisés qui cherchent au contraire à renverser la table démocratique, aux deux extrêmes de l’échiquier.

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