4 juin 2026
Temps de lecture : 3 min
Face à la baisse des audiences liée au développement de l’IA search, et notamment d’AI Overview et d’AI Mode du côté de Google, les éditeurs de presse doivent innover pour préserver leurs revenus publicitaires.
Au même titre que les marques qui proposent des expériences conversationnelles directement sur leur site, les éditeurs proposent des expériences similaires à leurs audiences.
Pionnier, Le Monde a par exemple déployé Perplexity sur son site, invitant ses lecteurs à découvrir et redécouvrir autrement les contenus du média.
Une approche similaire est proposée depuis l’an dernier par Taboola au travers de son offre DeeperDive. Le principe : un RAG alimenté exclusivement par les contenus du média partenaire, et des réponses personnalisées selon ces informations et celles détenues par Taboola sur le profil de l’internaute.
Prenant la forme d’un widget apparaissant à côté d’un article, il en propose un résumé, suggère des questions et permet à l’utilisateur de converser avec l’IA via une barre de discussion. L’IA va alors lui répondre à partir des articles du média, qui seront mis en avant.
Une mécanique imparable selon Jason Iliou, Regional Publisher Director EMEA chez Taboola, alors que l’usage des LLM est fortement associé à la recherche d’informations sur l’actualité, avec un résultat mitigé pour les éditeurs : « D’un côté, certains négocient des accords de licence pour l’utilisation de leurs contenus valorisés à plusieurs millions de dollars. De l’autre, nous voyons une diminution à deux chiffres du trafic renvoyé aux éditeurs par ces outils, qui deviennent les nouveaux « walled gardens », alors même que près de la moitié de leurs utilisateurs les interrogent sur l’actualité, et que plus d’un tiers d’entre eux demande aux LLM de suggérer des sources ou de vulgariser tel ou tel sujet d’actualité.»
Avec DeeperDive, Taboola propose aux éditeurs de déporter cette expérience sur leurs propres environnements, sans pour autant subir la charge du développement d’un outil dédié : ce dernier est financé par la publicité et par les données que Taboola retire des échanges avec les utilisateurs.

Lancée en 2025 avec des médias anglo-saxons, cette IA conversationnelle interagissait au total avec 7 millions d’internautes chaque mois, pour un temps de conversation moyen d’une minute. Des résultats satisfaisants, qui ont poussé Taboola à ouvrir récemment l’outil à de nouvelles langues comme le français, l’allemand, l’espagnol, l’hébreu, le japonais ou encore le coréen.
« Nous observons que plus de 13% des utilisateurs qui arrivent sur une page article interagissent avec le widget. Peu de widgets parviennent à ce niveau d’engagement. Environ 10% d’entre eux posent ensuite une question de suivi et 12% cliquent sur un autre article, ce qui génère plus de trafic. Enfin, une petite partie (1,7%, ndlr) clique sur une publicité comme une question suggérée sponsorisée », illustre Jason Iliou.
Mais au-delà de ces clics sur des inventaires publicitaires, c’est également l’engagement des utilisateurs et le temps passé sur le site qui sont valorisés : cet indicateur a augmenté de 163% entre les utilisateurs de DeepDive et ceux qui ne l’utilisent pas.

De même, le nombre de pages vues ou de sessions par utilisateur grimpe respectivement de 23% et 18%. Enfin, « 80% des utilisateurs du module restent sur le site après l’avoir utilisé et consomment encore du contenu », explique Jason Iliou.
Un phénomène confirmé par Philippa Jenkins, directrice de la publication pour The Independent, qui gère les versions britanniques de médias comme BuzzFeed ou le Huffington Post : « Les utilisateurs n’interagissent pas seulement avec l’unité elle-même : ils restent aussi plus longtemps sur le site grâce aux déclarations et aux questions qu’ils posent. On voit des métriques qui montrent 2,5 fois plus d’engagement sur nos pages article. Et ce qui est intéressant, c’est qu’en même temps, nous voyons aussi une réduction du taux de rebond, de l’ordre de 13%.»

La responsable évoque autant l’impact bénéfique de l’outil sur les revenus publicitaires, de manière directe, via les clics sur les liens sponsorisés suggérés par l’IA, qu’indirecte, via l’augmentation du nombre de contenus consommés et du temps passé sur le site.
Par ailleurs, l’IA offre à la rédaction de précieux insights sur ce qui intéresse les audiences des différents médias. Du côté de Taboola, l’enjeu est désormais de développer DeeperDive en multimodal, en développant par exemple des résumés audio et la capacité de converser à l’oral ou encore en générant des vidéos.
Pour aller plus loin : Comment les entreprises d’IA pillent la presse (et les excuses qu’elles avancent pour se justifier)
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