3 juin 2026

Temps de lecture : 3 min

On en sait plus sur le partenariat entre FranceTV et YouTube

Annoncée il y a deux mois, l'alliance entre France Télévisions et YouTube se précise. En s'inscrivant dans une stratégie résolument orientée vers le numérique, cet accord vise à marier les 45 millions d'utilisateurs mensuels de la plateforme France.tv aux 43 millions d'utilisateurs de YouTube en France.

Pour Stéphane Sitbon-Gomez, directeur général adjoint, en charge des offres et de la stratégie éditoriale de France Télévisions, ce partenariat est l’aboutissement d’une transformation profonde du groupe. Depuis plusieurs années, l’objectif est de faire de la plateforme France.tv la première « antenne » du groupe, bien au-delà de la simple télévision linéaire. France TV cherche à toucher des publics plus jeunes, notamment masculins, qui échappent aujourd’hui à la télévision traditionnelle. L’exemple du documentaire coréalisé avec le créateur Hugo Décrypte a été cité comme un modèle du genre, car il a permis de conquérir 30 % d’audience supplémentaire.

Stéphane Sitbon-Gomez a ainsi résumé cette nouvelle philosophie :

« Le modèle classique où la plateforme numérique n’est qu’une simple extension de la télévision linéaire est aujourd’hui dépassé. Notre objectif est désormais d’aller chercher de nouvelles audiences en complémentarité, directement là où elles se trouvent. »

L’information au cœur de la bataille contre les fake news

Avec un Français sur deux qui s’informe aujourd’hui sur YouTube, l’information est le pilier central de ce rapprochement. L’ambition est de diffuser une information vérifiée et impartiale face à la « fatigue démocratique » et à la recrudescence des fausses nouvelles.

Justine Ryst, directrice générale de YouTube France, a souligné les efforts technologiques déployés par la plateforme pour lutter contre la désinformation, notamment la détection automatique par l’intelligence artificielle de contenus manipulés et l’obligation d’étiqueter les contenus « synthétiques ». Le partenariat inclut le déploiement d’un outil spécifique pour protéger les journalistes de France Télévisions.

« Grâce à notre outil ‘Likeness ID’, nous sommes capables de détecter les deepfakes afin de protéger l’image et la voix des créateurs. Nous déployons cette technologie en avant-première avec France Télévisions pour sécuriser l’ensemble de leurs journalistes et animateurs face à ces manipulations », a-t-elle précisé.

« Safeplace », la nouvelle offre dédiée

France Télévisions prendra directement en charge la commercialisation de ses inventaires publicitaires diffusés sur YouTube.

La régie lance ainsi l’offre « Safeplace », qui permet aux annonceurs d’associer leurs campagnes sur France.tv à celles sur les 160 chaînes YouTube de France Télévisions. Avec un taux de confiance record de 87 % pour la marque France.tv, la promesse est celle d’un environnement « Brand Safe », particulièrement adapté à la CTV, qui capte environ 40 % du temps de visionnage de YouTube. Les annonceurs y retrouvent des formats premium :

  • Des spots de 20 à 30 secondes non-skippables sur l’écran du salon
  • Des formats plus courts de 8 ou 12 secondes avec la possibilité d’acheter la première position pour garantir l’émergence.

Accessibles en programmatique garanti via DV360, ces espaces permettent des ciblages fins (sociodémographiques, contextuels, par appareil ou géographiques). Les premiers tests, réalisés avec Audience Project, démontrent que l’association entre France.tv et YouTube génère en moyenne entre 80 % et 100 % de contacts exclusifs et apporte plus de 50 % de couverture incrémentale. Pour accompagner au mieux les marques, la régie s’est dotée de YouTube spécialistes inspirés des modèles britanniques.

Les coulisses de l’accord : pas de traitement de faveur

Sur le plan de la monétisation, l’accord reste très classique : il n’y aura aucune dérogation au modèle économique standard de YouTube concernant le partage des revenus, qualifié de « plutôt équitable » par Marianne Siproudhis, directrice générale de FranceTV Publicité. Elle nous confie par ailleurs que la commercialisation directe par leur régie a été déterminante dans la réussite de l’accord.

Comme le souligne nos confrères de NPA Conseil, France Télévisions Publicité pourra fixer librement ses tarifs, YouTube étant rémunéré au taux usuel de 45 %, et sur la base d’un CPM de 7 €, soit 3,15 € qui lui sont garantis. « Si l’offre est par exemple vendue à 20 € le CPM, la différence entre 7 € et 20 € reviendra à 100 % à France tv publicité », a confirmé Justine Ryst.

Par ailleurs, la régie ne subira pas de « taxe Google » sur ces achats d’espaces. Cette taxe gouvernementale a été instaurée en France pour imposer les géants du web sur les revenus qu’ils génèrent grâce à leurs activités numériques locales, et tout particulièrement grâce à la publicité ciblée en ligne. En passant par l’offre de France TV, les acheteurs ne subiront donc pas cette fameuse taxe.

En matière de modération, France Télévisions ne bénéficiera pas non plus d’un passe-droit.

Justine Ryst a été très transparente sur ce point : « Malgré l’ampleur de ce partenariat institutionnel, France Télévisions est soumise aux mêmes règles de communauté que n’importe quel autre créateur de la plateforme. Il n’y a pas eu de négociation de traitement de faveur. »

Enfin, Stéphane Sitbon-Gomez a précisé la ligne éditoriale des contenus exportés sur la plateforme. Concernant le sport, si certains contenus y trouvent déjà leur place (notamment des extraits via la chaîne YouTube France TV Sport), ce développement s’annonce complexe car il devra se faire strictement « dans le cadre des droits et des contraintes des droits sportifs qui sont particulièrement réglementés sur les plateformes de diffusion ».

Les programmes d’animation pour la jeunesse, quant à eux, n’iront tout simplement pas sur YouTube, étant donné que le service public dispose déjà de plateformes propriétaires pour répondre aux attentes de ce public.

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