8 juillet 2026
Temps de lecture : 4 min
CEO et cofondateur de Qwarry, Geoffrey Berthon revient sur une année de forte croissance marquée par le développement au Canada, partage ses ambitions autour de leurs nouvelles solutions multicanales Total Coverage et Unified Reach, et décrypte les enjeux cruciaux liés à l’intégration de la publicité dans les IA conversationnelles et à la souveraineté technologique.
Difficile de dissocier le perso du collectif quand on dirige une équipe en pleine croissance. Sur les douze derniers mois, nous avons doublé notre activité au Canada, lancé plus de 40 % de campagnes supplémentaires, accueilli plus de 120 nouveaux clients, et près d’un quart de nos budgets sont désormais investis sur la CTV et YouTube. Ce sont des marqueurs concrets qui valident notre pari : il existe une vraie demande pour une adtech contextuelle, transparente, et alignée avec les enjeux des annonceurs.
Mais ce qui me rend personnellement le plus fier, ce sont les recrutements et la montée en maturité de l’équipe. On a structuré l’organisation, monté en séniorité, et préparé en parallèle notre déploiement européen. Voir Qwarry passer du statut de « boîte tech française qui marche bien » à celui d’un acteur qui assume une ambition internationale, c’est ça la vraie satisfaction.
La première est personnelle : j’aurais aimé qu’on accélère encore plus vite à l’international. On a posé les premiers jalons d’un déploiement au Canada et en Europe, mais entre initier et faire vraiment décoller un marché, il y a toujours plus de mois qu’on ne le voudrait.
La seconde est plus macro. Le marché européen continue de céder du terrain face aux plateformes américaines, et la promesse d’une alternative européenne forte tarde à se concrétiser. Beaucoup d’initiatives, beaucoup de discours, mais peu de champions qui émergent vraiment. C’est une réalité qui me frustre, parce que la techno existe et les talents aussi : il manque parfois juste l’audace de l’écosystème pour prendre le risque de l’indépendance.
Nous avons entamé 2025 avec une conviction forte : un annonceur ne devrait plus avoir à arbitrer entre couvrir l’ensemble de ses canaux et toucher l’ensemble de ses audiences. C’est cette conviction qui a structuré nos deux nouvelles offres multicanales, Total Coverage et Unified Reach. Total Coverage orchestre, depuis une seule stack technologique, l’ensemble des environnements open web, CTV, YouTube, audio et in-app, avec un même niveau de précision contextuelle. Unified Reach va un cran plus loin en combinant notre ciblage contextuel sémantique propriétaire à des signaux d’audience, pour reconstruire une logique de reach unifiée dans un monde sans cookies tiers. Le pari est ambitieux : devenir l’unique plateforme omnicanale réellement opérée en Europe.
En parallèle, nous accélérons notre déploiement européen : nous capitalisons sur ce que nous avons appris au Canada pour nous implanter méthodiquement sur les marchés clés du continent. Et, en interne, nous investissons lourdement dans un outil propriétaire qui place l’IA générative au cœur de nos opérations AdOps. L’objectif n’est pas de remplacer les traders média, mais de leur redonner du temps de cerveau pour ce qui crée vraiment de la valeur : la stratégie, l’arbitrage, la relation client. Trois chantiers, une même boussole : faire de Qwarry une référence européenne du ciblage à grande échelle, sans rien céder sur la performance ni sur l’indépendance technologique.
Sans hésiter : la convergence entre CTV, le ciblage contextuel et l’IA. Pendant des années, le marché a été obsédé par l’identifiant utilisateur et le ciblage individuel. Aujourd’hui, nous revenons à des fondamentaux plus sains : le bon message, dans le bon contenu, au bon moment, dans le bon environnement. L’IA n’est plus un buzzword, c’est ce qui permet d’opérer cette logique à très grande échelle, avec une précision et une vitesse qu’on n’avait pas il y a encore deux ans. Cette tendance redessine en profondeur la chaîne de valeur, au profit des éditeurs de qualité, des technologies qui savent réellement lire et interpréter le contenu, et des annonceurs qui acceptent de raisonner différemment qu’avec des KPIs obsolètes aujourd’hui.
Ensuite, il y a la vidéo. C’est devenu le moteur du marché publicitaire digital, et personne n’avait vraiment anticipé la vitesse à laquelle tout allait se reconfigurer. En France, le segment vidéo a progressé de +18% en 2025, il représente désormais près de 60% des revenus du display et environ un tiers de la pub digitale totale. La CTV à elle seule croît à +35% par an depuis trois ans et pèse déjà près de la moitié de l’investissement display vidéo. À l’échelle européenne, elle est même devenue, depuis 2024, la première source de vues publicitaires.
Ce qui me marque, ce n’est pas tant la croissance brute, qui était attendue. C’est la rapidité avec laquelle elle redessine la chaîne de valeur. Le téléspectateur de la TV linéaire est désormais un utilisateur connecté, mesurable, ciblable. La pub vidéo n’est plus un format à côté du display : c’est l’épine dorsale de la stratégie média. Et c’est précisément ce qui rend l’omnicanal incontournable, au sens vrai du terme : du contextuel sur tous les écrans, web, CTV, YouTube, audio.
Deux choses, qui sont intimement liées. D’abord, l’irruption de la publicité dans les IA conversationnelles. Quand un utilisateur passe du fait de « googler » à celui de « discuter avec un assistant », c’est tout l’écosystème publicitaire qui se reconfigure : les formats, l’attribution, la valeur. Aujourd’hui, personne n’a vraiment de visibilité sur les règles du jeu ni sur la façon dont la valeur sera partagée entre les LLMs, les éditeurs et les annonceurs. C’est un sujet que nous suivons avec une attention quasi quotidienne.
Ensuite, et c’est en partie le même sujet vu sous un autre angle : la souveraineté technologique. La capacité de l’Europe à conserver des acteurs indépendants dans la publicité, la data et l’IA va se jouer dans les 18 à 24 prochains mois. Si on rate cette fenêtre, on sera durablement dépendants et ce n’est pas qu’un sujet économique, c’est aussi un sujet politique et culturel.
Nous vivons un moment où les plaques tectoniques de notre industrie bougent toutes en même temps : disparition progressive des cookies tiers, maturité de la CTV, émergence des IA conversationnelles, pression réglementaire croissante sur les plateformes dominantes, etc. Toutes ces dynamiques créent des espaces inédits pour des acteurs européens agiles, équipés des bonnes technologies et capables de proposer une alternative crédible.
On n’a pas tous les jours une fenêtre d’opportunité comme celle-là. C’est exigeant, c’est inconfortable parfois, mais c’est surtout extrêmement stimulant, et c’est précisément ce qui nous fait nous lever le matin.
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