17 septembre 2026
Temps de lecture : 5 min
Le marché de la vidéo publicitaire a franchi un cap décisif au premier semestre 2026. Selon l’étude transversale Vidéolistic présentée par Kantar Media, la vidéo représente désormais 42 % des investissements publicitaires totaux en France, soit 3,2 milliards d’euros nets sur six mois.
Dans le détail :
Alors qu’il présentait les résultats de cette cartographie retraçant la dispersion des budgets sur une multitude d’écrans, François Nicolon (Kantar Media)a insisté sur l’urgence d’une mesure unifiée et indépendante :
« La fragmentation des plateformes et des audiences ne peut pas et ne doit pas conduire à une fragmentation de nos mesures. Plus les investissements se dispersent, plus nous avons besoin d’une lecture transversale et indépendante par un tiers de confiance. »
Face au foisonnement des supports (TV, SVOD/FAST, YouTube, TikTok, Twitch), la mécanique d’arrosage indifférencié est révolue. La réussite repose sur le découpage créatif et l’adaptation aux codes de chaque écran.
Chez AXA, la stratégie consiste à investir dans des formats longs événementiels (comme un tunnel publicitaire de 3 minutes pour le rugby féminin) avant d’en extraire des briques liquides pour les réseaux sociaux. Mais Thomas Boutte (Axa) a rappelé l’importance de la qualité du contenu d’origine : « Un mauvais format long, on aura beau le clipper ou le formater autant qu’on veut, on ne fera toujours que de mauvais formats courts ».
Cette logique d’hyperdistribution s’impose d’autant plus que les frontières d’usages s’estompent : en France, 1 jeune de moins de 25 ans sur 3 allume désormais sa télévision connectée pour regarder YouTube. Illustration marquante de ce croisement des canaux, CMA Média / RMC a racheté le catalogue YouTube dormant du créateur Joyca pour le diffuser sur RMC Découverte et RMC+, tout en s’assurant une exclusivité de 14 jours sur les inédits avant leur mise en ligne sur la plateforme vidéo. Ce pari a permis de toucher 2,5 millions de personnes et s’est imposé comme « l’un des investissements les plus rentables de 2026 » selon Stéphane Sallé de Chou (CMA Media).
La multiplication des silos d’achat crée une complexité opérationnelle inédite pour les agences médias. Régis Langlade (7Kids) et Valentin Dumoulin (SPN°) ont mis en garde contre deux dérives :
Revenant aux fondamentaux de Byron Sharp sur la disponibilité mentale auprès des masses, les deux agences préconisent une démarche de Test & Learn permanent.
La convergence vidéo s’étend également à l’écosystème audio. Les travaux menés par NRJ Global avec la société de neuroscience HABS (Human Augmented Brain System) via l’analyse de l’activité cérébrale, cardiaque et pupillaire révèlent des complémentarités:
L’ADMTV et le tiers de confiance DK ont présenté leur nouveau référentiel de mesure environnementale, qui dépasse la seule empreinte brute en kilo CO2 pour intégrer la qualité d’exposition : la seconde attentive pour 1 000 contacts.
Ce nouvel indicateur met en lumière des décalages d’impact écologiques selon la mécanique des plateformes. Sur le social vidéo, le principe du scrolling entraîne un biais technique pesant : la publicité est préchargée en arrière-plan et envoyée jusqu’à trois fois en avance dans le flux avant même d’être visionnée, ce qui triple mécaniquement son empreinte carbone.
À l’inverse, la TV linéaire bénéficie de la sobriété du broadcast grâce à un signal unique distribué simultanément à l’ensemble des foyers (TNT/IPTV), ce qui limite drastiquement la consommation réseau par individu. Lorsqu’elle est ramenée à la seconde attentive, la TV linéaire affiche ainsi un bilan environnemental extrêmement faible de 16,14 mg CO2 par seconde attentive, très loin devant les performances du social vidéo.
Pour empêcher les acheteurs digitaux de délaisser la télévision au profit des plateformes, l’adtech doit moderniser ses tuyaux. Virtual Minds a présenté sa solution Media Manager, déployée en Allemagne et en France, qui permet d’acheter la TV linéaire selon des métriques digitales unifiées (CPM).
Cette adoption des standards digitaux par la télévision produit déjà des effets concrets sur la planification média et les choix des acheteurs :
Ricarda Jebsen (Virtual Minds) a alerté sur le risque de marginalisation de la TV si elle ne s’adapte pas aux standards digitaux :
« Il faut trouver un moyen de rendre la TV linéaire comparable aux métriques digitales, sinon elle sera laissée de côté alors qu’elle reste extrêmement puissante. »
L’intelligence artificielle s’impose comme un outil indispensable pour rationaliser l’achat vidéo cross-écran :
Pierre De Lannoy (MIQ) a rappelé que 80 % du budget TV traditionnel est souvent dépensé sur seulement 20 % de l’audience. L’IA permet d’orchestrer la couverture incrémentale sur la CTV et YouTube sans dupliquer la pression publicitaire.
La Creator Economy est désormais au coeur des campagnes Total Video. Pour la nouvelle plateforme de marque de Candy’Up (groupe Sodiaal), Candia a co-créé un clip musical avec le rappeur KeBlack et un collectif de créateurs et danseurs avec les agences Webedia et 87 secondes. Le clip a généré 4 millions de vues, dont 60 % de manière purement organique. Sur TikTok, cette approche s’est avérée trois fois plus performante que les formats de marque classiques, affichant un taux de complétion à 15 secondes (VTR) de 9 % contre 3 % pour la marque seule, ainsi qu’un taux d’engagement global de 13 %.
Charlotte Le Buhan (Candia)a révélé le déclic stratégique qui a permis d’obtenir ces performances : « C’est une vraie histoire de lâcher-prise. Nous sommes partis du principe qu’on pouvait faire du branding sans posséder 100 % de notre ligne de contenu. La partie créateur a été 3 fois plus performante que nos assets de marque. »
Cette puissance de la co-création s’étend également au produit lui-même. La collaboration entre le créateur Joyca et Webedia pour les glaces Picard (avec un parfum décalé vanille-cornichon) a permis d’écouler 90 % des stocks en une semaine et de tripler la fréquentation des 18-30 ans en magasin. Dans un contexte où 2 400 lives quotidiens se déroulent en France sur TikTok Shop et où les créateurs y génèrent 60 % du chiffre d’affaires, les besoins en production explosent : d’ici 2027, une marque aura besoin de cinq fois plus de contenu qu’en 2025 pour émerger sur les plateformes sociales.
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