13 septembre 2026
Temps de lecture : 5 min
Le rapport PISA 2025 est paru mardi 8 septembre dernier et il n’est vraiment pas bon. Cette étude qui mesure les performances scolaires des pays européens, montre que la France a atteint son plus bas niveau depuis vingt ans dans plusieurs domaines.
C’est l’étude la plus vaste et complète sur le sujet : elle a été menée en 2025 auprès de 760 000 adolescents dans 91 pays. 6 501 élèves français ont participé à l’enquête qui teste les élèves de 15 ans, toutes classes confondues.
La France reste proche de la moyenne de l’OCDE. Mais cette moyenne baisse aussi fortement.
D’ailleurs le titre du rapport français insiste sur ce point : « Une baisse des résultats commune à l’OCDE, un relèvement à poursuivre »
Le titre insiste sur le fait que d’une part nous ne sommes pas les seuls concernés. Ça rappelle notre faible argument d’écolier pour justifier une mauvaise note : « mais toute la classe s’est plantée aussi! »
La deuxième partie de la phrase suggère que la remontée a commencé (il faut poursuivre), ce qui n’est pas le cas du tout depuis dix ans.

Sur la lecture, c’est encore pire qu’on ne croît, car comme l’expliquait déjà Emmanuel Parody, les difficultés de compréhension de lecture sont sous-estimées.
Les scores PISA se décomposent en 6 niveaux, le niv 1 « en difficulté » et les niv 2+3+4 le ventre mou dit « correct » et les niv 5+6 « très bons ». Mais, en réalité si la baisse est déjà inquiétante et le chiffre de 32% d’élèves décrocheurs en lecture, la réalité est bien pire et le vrai chiffre est plutôt 56%.
Car, comme le montre bien Emmanuel, il faut s’attarder un peu plus à ce que revêtent vraiment les différences de niveau.

Dans ce tableau le cumul du niveau 1 (32% d’élèves en difficulté), et du niveau 2 (24% ), donne donc le chiffre de 56%. Comme je le rappelais dans un article précédent : Comment la presse doit adapter son offre face à la chute vertigineuse des capacités de lecture
Mon propos était alors de dire que les formats des producteurs de contenus devaient s’adapter à cette évolution cognitive d’une majorité de lecteurs, sans sacrifier le fond :
– Faire des phrases courtes (surtout en début de paragraphe, pour accrocher l’attention)
– Commencer la phrase par le sujet avant d’évoquer le complément (de lieu, de temps, de manière…)
– Supprimer les mots ou les morceaux de phrase qui font joli, mais sont confus
– Utiliser des mots simples à signification équivalente : « très » pour « extrêmement » ou « remarquablement », « fonction » pour « fonctionnalité »…
– Dire les choses avec le minimum de mots : éviter d’être verbeux et redondant
– Ecrire de manière structurée : que se passe-t-il, comment, pourquoi, avec quelles conséquences ? Et rassembler ces éléments aux mêmes endroits dans le texte.
Face au recul des acquis, les médias doivent assumer une fonction de transmission plus forte. Ils doivent fournir les connaissances nécessaires pour comprendre l’actualité.
Il y a une demande de plus en plus forte pour ces contenus, bien au-delà du relais de l’actualité (laquelle au contraire devient même de plus en plus repoussoir car génératrice d’angoisse, par les sentiment d’impuissance qu’elle suscite. 36% des Français évite l’information quelquefois, 11% le font souvent selon le rapport Reuters 2025 (et 40% à l’échelle mondiale).

Les médias qui ont fait le choix d’aller au delà de l’actualité pour expliquer le monde, progressent fortement. De plus en plus de gens sont demandeurs de rattrapage culturel, comme en témoigne le succès des quiz de culture générale sur le web ou dans l’édition. Et notamment les jeunes :
France Culture dépasse 2,04 millions d’auditeurs quotidiens. Son audience a progressé de 30 % en cinq ans. Elle bondit de 90 % chez les moins de 25 ans. Ses contenus totalisent 25 millions d’écoutes mensuelles.
Philosophie Magazine diffuse 35 440 exemplaires payés en 2025 (+1,17% versus 2024). Sa diffusion avait augmenté de 6,6 % en 2024. Et un lectorat qui comporte près d’un quart de moins de 30 ans.
Epsiloon a progressé de 13,9 % en 2024. Le magazine scientifique approchait 49 500 exemplaires payés.
Philippe Collin l’ancien journaliste de France Inter a dépassé 30,7 millions de téléchargements depuis 2021 avec ses podcasts historiques. Il transforme le savoir académique en récits populaires.
Brief.me comptait environ 9.000 abonnés fin 2024. Il revendiquait 12.500 abonnés individuels fin 2025 (soit près de 40% d’augmentation de son audience payante). La newsletter pédagogique d’actualité se décline désormais en économie (Brief.eco) et en sciences (Brief.Science).
Le succès de Brief.me montre qu’une partie du public est en attente de profondeur, mais aussi de pédagogie et d’accessibilité pour mieux décoder l’actualité et le monde en général.
C’est ce service de culture générale, au service du sens, que doivent renforcer les médias, sans pour autant se détacher de la relation des faits d’actualité. Mais sans s’interdire de traiter des sujets magazine et culturels, tant qu’ils apportent un éclairage sur notre vie.
Relire par exemple Montaigne et La Boétie – qui militèrent ardemment au XVIe s pour la tolérance religieuse, peut très bien permettre par exemple d’éclairer les risques et mécanismes de la polarisation politique actuelle exacerbée par des extrémistes en quête de pouvoir.
L’actualité n’est plus une motivation suffisante pour consulter les médias, pour une partie croissante de la population. En grande partie parce que le bénéfice principal : se socialiser, ne passe plus par ce canal, mais par les réseaux sociaux ou les messageries. Reste que nous avons plus que jamais besoin de sens et de discernement. Notamment parce que l’information permanente (chaînes Tv en direct) et la cacophonie de la prise de parole par tous, créent une grande confusion et mal-information (quand ce n’est pas de la désinformation).
Conclusion : les médias n’ont pas vocation à remplacer l’école bien sûr. Mais ils peuvent/doivent permettre à ceux qui ont raté des choses, de les rattraper tout au long de leur vie. C’est notamment vrai du service public, dont l’une des missions est d’éduquer. Mais aussi de tous les médias potentiellement qui y retrouveraient de l’intérêt et du lien avec le public.
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