25 septembre 2026
Temps de lecture : 3 min
Le cas, présenté dans le rapport sous la référence “GTG-54002”, porte sur un compte Claude qu’Anthropic explique avoir supprimé. Celui-ci servait à rédiger des articles originaux et à réécrire, en les orientant politiquement, des articles de vrais journalistes. Le réseau qu’il alimentait a publié au moins 8 913 articles dans une vingtaine de langues, sur environ 70 sites présentés comme des rédactions locales indépendantes, et signés par des journalistes qui n’existent pas. Chaque site était doublé d’un compte X, et plus de 250 comptes de commentaires, souvent dotés de photos de profil générées par IA, assuraient l’amplification.
Les audiences visées couvraient les six continents, avec une attention particulière pour les États-Unis, le Brésil, la France et la République démocratique du Congo. Ce dernier pays fait l’objet de 318 articles, le plus souvent favorables à Kinshasa sur les accords miniers et les tensions avec le Rwanda.
Derrière cette opération se trouverait “LKM Company”, qu’Anthropic décrit comme une agence de publicité numérique établie en France. Les domaines ont en effet été enregistrés au cours d’une fenêtre de dix semaines à la mi-2025, sur une infrastructure mutualisée et derrière un déploiement unique, ce qui a permis de rattacher ces 70 sites à un seul compte.
Selon Anthropic, le réseau ne défendait aucune ligne politique stable : il changeait de camp selon le client du moment, ce qui conduit l’entreprise à qualifier ce modèle d’“influence-as-a-service”. L’opération a toutefois été stoppée avant d’avoir trouvé son public : la plupart des contenus n’ont suscité que peu d’engagement réel.
Pour les observateurs avisés, de telles pratiques sont loin d’être une découverte : les outils d’IA générative comme Claude et ChatGPT servent depuis leur lancement à produire des contenus en masse. Selon le Stanford AI Index Report 2026, plus de la moitié des nouveaux articles publiés en ligne depuis début 2025 sont désormais générés par IA.
La propagande et les opérations d’influence (qui visent les humains, mais aussi les IA elles-mêmes, via des pratiques comme le “LLM Laundering”) ne sont qu’un des aspects du phénomène.
Le réseau décrit par Anthropic cherchait à peser sur l’opinion. Mais tous les faux sites d’information produits avec l’IA ne poursuivent pas cet objectif. Pour certains, le modèle est économique : publier à très faible coût et en grand volume, attirer du trafic depuis les moteurs de recherche, puis monétiser les pages grâce à la publicité programmatique. Les annonceurs peuvent ainsi financer, sans l’avoir voulu, des sites qui imitent les médias d’information sans en avoir les pratiques éditoriales. NewsGuard a identifié des marques dont les publicités apparaissaient sur de tels sites.
Le phénomène touche désormais une audience importante en France. Selon le deuxième observatoire réalisé par Médiamétrie pour le Geste publié en juillet, près de quatre internautes français sur dix (39,1%) visitent chaque mois un site d’information généré par IA, soit 23 millions de visiteurs uniques. Ils n’étaient que 24,5% six mois plus tôt. Plus de la moitié de ce trafic (60%) vient de Google.
Cette mesure porte sur 232 sites tirés de la base constituée par le journaliste Jean-Marc Manach, qui recense ces sites depuis 2024 : à son dernier décompte, il en a identifié plus de 18 000 en français.
À l’échelle mondiale, NewsGuard comptait en juin 3 749 “fermes de contenus” alimentées par IA, dans seize langues, un chiffre qui a plus que doublé en un an. Parmi elles, 358 sont rattachées à Storm-1516, une opération d’influence pro-russe qui imite des journaux locaux américains et européens.
Le rapport d’Anthropic montre qu’un fournisseur de modèle d’IA a les moyens de remonter jusqu’à l’opérateur d’un réseau entier, et peut prendre des dispositions pour le stopper, s’il le souhaite vraiment. « Les opérateurs utilisent l’IA pour planifier leur campagne, choisir leurs cibles et rédiger leurs contenus. Ce type de tâches génère des signaux que nos systèmes sont entraînés à détecter, ce qui nous permet souvent de déjouer une opération avant même qu’elle ne soit lancée, », estime ainsi Anthropic dans son rapport.
Mais comme souvent, cela tient du jeu du chat et de la souris : un opérateur malveillant peut toujours basculer vers un concurrent moins regardant, ou vers un modèle open source installé en local, hors de toute surveillance.
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