10 juillet 2026
Temps de lecture : 3 min
Il y a un an, Cloudflare ouvrait la voie à un nouveau modèle en permettant aux éditeurs de bloquer facilement les robots d’indexation (les AI crawlers) des entreprises d’intelligence artificielle. La promesse était alléchante : stopper le pillage des données, mais surtout forcer les géants de l’IA à payer pour y accéder grâce à des outils de monétisation intégrés.
Un an plus tard, à l’occasion de ce que l’entreprise nomme son « Jour de l’indépendance du contenu », nous avons fait le point avec Stephanie Cohen, Directrice de la stratégie chez Cloudflare, pour connaître l’adoption de ces outils.
La première étape de la stratégie consistait à redonner le contrôle aux éditeurs en bloquant l’accès gratuit à leur contenu. Sur ce point, le pari est tenu. Selon Stephanie Cohen, cette démarche a permis de « créer de la rareté autour des contenus, ce qui a eu un impact direct sur les négociations avec les entreprises d’IA ».
Depuis un an, plus de 50 accords de licence ont ainsi été signés. Elle donne l’exemple du groupe People Inc. : l’éditeur a utilisé les outils de Cloudflare pour bloquer l’accès à ses sites, forçant ainsi les entreprises d’IA à s’asseoir à la table des négociations pour conclure des accords directs.
Cependant, ces accords en « pair-à-pair » concernent exclusivement de très gros éditeurs capables de négocier en direct. Pour la majorité des sites web et des médias de taille plus modeste, la promesse de revenus automatisés reste, pour l’heure, un mirage.
Pour permettre à tous les éditeurs de monétiser leurs contenus, Cloudflare avait lancé l’an dernier la fonctionnalité de « paiement par crawl » via le code d’erreur HTTP 402 (« Paiement requis »). Le principe : l’éditeur fixe un prix et le robot de l’IA paie pour accéder à la page.
Dans les faits, cet outil semble très peu utilisé. Il n’est pas possible de savoir quel est le pourcentage d’éditeurs qui parviennent réellement à générer des revenus via cette fonctionnalité. « Je n’ai pas de pourcentage spécifique à vous donner, mais je peux vous dire que la grande majorité des créateurs professionnels refusent désormais l’accès gratuit à leurs contenus », informe Stéphanie Cohen.
Aujourd’hui, il y a plus de 2 milliards de requêtes « 402 » sur le réseau Cloudflare, mais « la grande majorité d’entre elles n’aboutit pas à un paiement », concède-t-elle. Faute d’acheteurs de l’autre côté, l’outil de facturation se comporte donc, dans l’immense majorité des cas, comme un simple bloqueur.
Face à l’absence d’adoption de son premier modèle, Cloudflare opère déjà un pivot. L’entreprise annonce le lancement d’un nouveau système, passant du « paiement au crawl » au « paiement à l’usage ».
« Nous avons conclu des partenariats avec de nouveaux moteurs de recherche IA comme Ceramic et You.com. Désormais, ces entreprises vous rémunéreront si votre contenu est spécifiquement utilisé pour formuler une réponse à un utilisateur », annonce Stephanie Cohen.
Ceramic agit comme un moteur de recherche pour le compte des IA lorsqu’il faut aller chercher des informations d’actualité non présentes dans le dataset d’entraînement. L’entreprise sait donc précisément quel contenu est exploité pour formuler une réponse à un utilisateur. Ceramic rémunère directement les éditeurs à chaque utilisation de leurs articles, instaurant ainsi un modèle de « paiement à l’usage ».
Cloudflare s’est également alliée à des plateformes d’hébergement comme beehiiv et GoDaddy pour espérer toucher les créateurs indépendants.
Ce nouveau format aura-t-il plus de succès ? De l’aveu même de la Directrice de la stratégie, « l’écosystème en est encore à ses balbutiements » et la plupart des entreprises se contentent de « petites expérimentations ». Ce basculement de modèles économiques, s’il a lieu, prendra du temps.
En parallèle, Cloudflare annonce s’allier avec OpenAI sur le gaspillage technique. Actuellement, plus de 50% des passages de robots d’IA sur les sites web consistent à analyser des informations qu’ils possèdent déjà et qui n’ont subi aucune modification. Un non-sens écologique et financier.
Cloudflare va ainsi partager ses « signaux réseau » (qui indiquent en temps réel quelles pages ont été réellement mises à jour) avec le créateur de ChatGPT. L’objectif est d’orienter les robots d’OpenAI pour qu’ils ne scannent le web que lorsque c’est strictement nécessaire. Une optimisation de l’infrastructure qui, à défaut de remplir les poches des petits éditeurs, aura au moins le mérite de soulager leurs serveurs.
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