26 juin 2026

Temps de lecture : 4 min

La French Adtech à la conquête de l’Ouest

À travers le rachat spectaculaire de Vibe, trois entrepreneurs de l’adtech française, Arthur Larrey (Audion), Fabien Magalon (Xpln.ai) et Jules Minvielle (Olyzon) partagent les réalités complexes d'une implantation aux États-Unis et les tendances technologiques des Cannes Lions.

Fabien Magalon (Xpln.ai), Jules Minvielle (Olyzon) et Arthur Larrey (Audion) lors des Cannes Lions

Le récent rachat de la startup franco-américaine Vibe.co par le géant Walmart est sur toutes les lèvres cette année à Cannes. Ce succès fulgurant dans le domaine de la télévision connectée valide la capacité des fondateurs français à dominer des segments ultra-compétitifs outre-Atlantique.

Pour Jules Minvielle, cofondateur et CEO d’Olyzon, récemment expatrié aux US, cette trajectoire tient du cas d’école :

« L’histoire de Vibe est un modèle absolu d’exécution. Parvenir à générer des centaines de millions de dollars de chiffre d’affaires en partant de zéro, et ce dans un laps de temps aussi réduit, est une source d’inspiration immense pour tous les entrepreneurs, bien au-delà de la sphère adtech ».

Arthur Larrey, co-fondateur d’Audion, qui s’installera aux US à la fin de l’été, partage cette admiration. Il souligne l’audace de l’équipe fondatrice :

« Lancer un projet depuis Aix-en-Provence en ciblant exclusivement le colossal marché nord-américain de la télévision connectée relève de l’exploit. Se faire racheter en à peine trois ans par Walmart prouve qu’avec une équipe solide et une vision claire, on peut bousculer n’importe quel géant ». Il ajoute d’ailleurs que Vibe rejoint désormais le cercle très fermé des fleurons français, aux côtés d’acteurs historiques comme Criteo et Teads (racheté par Outbrain l’an dernier pour 900 millions de dollars), qui ont grandement contribué à crédibiliser la French Tech aux États-Unis.

L’incontournable rêve américain : entre démesure économique et frugalité culturelle

S’exporter aux États-Unis n’est pas un simple levier de croissance, c’est une nécessité vitale. Jules Minvielle le rappelle sans détour : dans le secteur de la télévision connectée, il est aujourd’hui impossible de changer d’échelle sans être présent sur le marché américain, où la pénétration technologique est la plus forte.

Audion, de son côté, n’a pas fait le choix d’attaquer directement les États-Unis. Arthur Larrey, explique que l’entreprise a d’abord privilégié « l’ancien playbook » : consolider sa présence en Europe, notamment au Royaume-Uni, avant de viser l’Amérique.

Mais pourquoi franchir ce cap aujourd’hui ? Outre le fait qu’il s’agisse de « l’étape naturelle pour passer à l’échelle » selon lui, c’est aussi une question de timing technologique. « Dans l’audio, il y a actuellement beaucoup d’automatisation et l’IA rebat énormément de cartes, ce qui crée une fenêtre d’opportunité idéale pour notre produit », précise-t-il. Preuve d’une certaine indépendance européenne, cette expansion américaine a été financée exclusivement par des fonds européens, sans avoir besoin de faire appel aux capitaux locaux (VC américains).

Fabien Magalon, co-fondateur et CEO de Xpln.ai, lui aussi installé outre-Atlantique, met en perspective le gouffre qui sépare l’Europe de l’Amérique du Nord :

« Il faut rationaliser l’échelle : l’économie américaine représente un PIB d’environ 26 000 milliards de dollars, contre moins de 3 000 milliards pour la France. La puissance économique de ce marché est tout simplement vertigineuse ».

Cependant, cette abondance financière impose de nouvelles règles. Aux États-Unis, les fonds d’investissement valorisent l’hyper-croissance quitte à sacrifier la rentabilité immédiate. Jules Minvielle explique s’être heurté à cette mentalité lors de discussions avec des investisseurs américains qui lui suggéraient de dépenser beaucoup plus pour accélérer, en s’appuyant sur des indicateurs comme la « Rule of 40 » (qui combine le taux de croissance et la marge), très éloignée de la gestion souvent prudente et rentable des entreprises européennes.

L’avènement de l’IA agentique et de la performance élargie

Mise à part l’annonce du rachat de Vibe.co, les sujets de discussions étaient, sans surprise, très portés sur l’intelligence artificielle cette année aux Cannes Lions.

Pour Fabien Magalon, l’IA bouleverse la définition de la performance publicitaire, qui ne s’arrête plus à la transaction. Les grands modèles de langage (LLM) deviennent les nouveaux moteurs de recherche et agissent comme des outils d’aide à la décision.

« Quand un utilisateur interroge une IA, celle-ci va lui proposer une sélection de cinq ou six options. Pour être choisi au moment décisif, une marque doit avoir construit une image forte et capitalisé sur la confiance. C’est l’intuition et la notoriété, travaillées en amont, qui feront la différence finale », explique-t-il. Ce nouveau paradigme impose donc de remettre la mesure et l’optimisation de l’attention au cœur des stratégies publicitaires selon lui.

Une analyse partagée et appuyée par Arthur Larrey, qui souligne que la visibilité algorithmique ne remplacera jamais le lien de confiance tissé avec le consommateur :

« Être dans la short list de l’IA, c’est bien, mais la confiance qu’un utilisateur accorde à une intelligence artificielle sera toujours moins élevée que celle accordée à une marque qu’il a déjà rencontrée. C’est pour cela qu’une marque doit exister dans le temps et avoir du poids ». Pour illustrer à quel point l’IA transforme l’industrie, il cite une annonce marquante entendue lors des Cannes Lions : le partenariat entre Zeta Global et Palantir (une entreprise historiquement spécialisée dans la défense et le renseignement) autour de l’IA. Pour lui, cela prouve que le marché publicitaire est en constante recherche d’opportunités et qu’avec l’IA, « tout peut se monétiser ».

Jules Minvielle met en lumière la tendance la plus structurante de l’année selon lui : la généralisation des Model Context Protocols (MCP). Les plateformes ne se contentent plus de l’IA générative classique, elles construisent des écosystèmes d’agents autonomes.

« Toute l’industrie bascule vers l’agentique. Demain, l’enjeu des agences sera de piloter des plateformes décisionnelles capables d’orchestrer ces agents. On ne peut pas confier la gestion de 150 millions de dollars de budget média sur 40 canaux différents à une simple fenêtre de chat comme Claude. Il faut des interfaces dédiées et sécurisées », explique-t-il.

Allez plus loin avec Minted

LES NEWSLETTERS MINTED

LES FUTURE OF

LES ÉMISSIONS