Que faire de leurs gains cryptos ? Le casse-tête des marques qui se lancent dans les NFT…


  • Les difficultés sont aujourd’hui nombreuses pour les marques qui veulent rentrer sur le marché des NFT's.
  • Transférer ses gains cryptos en monnaie Fiat de manière automatisée serait le meilleur moyen de s’affranchir de la volatilité du marché. 

Le lancement de votre collection de NFT's est un vrai succès. Les fans ont afflué en masse, vous permettant d'encaisser de coquettes sommes. Vous faites désormais face à ce que l'on peut légitimement qualifier comme étant un problème de riche : que faire de ces revenus générés en crypto-monnaies et comment les rattacher à votre activité ? Vous êtes nombreux à vous poser la question, à en croire Eytan Messika. Le fondateur de Nilos, plateforme qui aide les marques à gérer leurs revenus cryptos, passe en revue toutes les interrogations liées à l'encaissement de ses revenus cryptos. 

Qui a la responsabilité du wallet ?

Pour engranger des revenus financiers, il faut un portefeuille. C’est une formalité dans le monde du Web2, c’est loin d’être trivial dans celui du Web3, où le portefeuille est baptisé wallet et où se pose la question de savoir qui gère ce wallet et la clé de sécurité qui va avec, la fameuse seed phrase. La seed phrase, c’est cette séquence de mots qui garantit à celui qui l’énonce correctement l’accès à un wallet. “C’est une responsabilité de taille puisqu’on endosse, ce faisant, la responsabilité des fonds”, prévient Eytan Messika.

Plusieurs options se présentent aux marques. Recourir à un wallet “non custodial”, système dans lequel l’entreprise, la plupart du temps représentée par un collaborateur ou un prestataire, détient elle-même la clé privée. Sur le papier, le plus simple. Dans la réalité, pas toujours un bon calcul. “La majorité des marques délèguent l’autorité de leur wallets aux agences ou NFT studios avec lesquelles elles collaborent”, observe Eytan Messika. Si ces derniers ont toute légitimité à orchestrer le lancement d’une collection de NFT, c’est moins vrai en ce qui concerne les revenus qui vont avec. “C’est d’un point de vue réglementaire plutôt dangereux s’il y a un souci”, estime Eytan Messika.

Raison pour laquelle certaines entreprises préfèrent en appeler à un collaborateur. Pas évident à trouver puisque ce dernier doit être prêt à engager sa responsabilité si jamais le portefeuille dont il a la charge se fait hacker. “C’est aussi un sujet de confiance puisque ce collaborateur sera libre de faire ce qu’il veut de ce flux financier”, rappelle Eytan Messika. Pas de banque ou d’intermédiaire pour jouer les garde-fous. Certains préfèrent donc partager cette responsabilité, en faisant du multi-sig, à savoir répartir la clé privée entre plusieurs collaborateurs. De quoi éviter les mauvaises tentations… mais ici encore faut-il trouver les volontaires et prendre soin de les remplacer lorsqu’ils partent.

“Sortir 23 millions de dollars de Coinbase, ça peut prendre beaucoup de temps”

Dernière option, le wallet “custodial”. Ce n’est plus un membre de la société qui détient la clé privée mais la solution à l’origine du wallet. Des acteurs comme Copper, Fireblocks ou Taurus Torus en ont fait leur spécialité. C'est le meilleur compromis aujourd'hui. Mais pas idéal non plus vu qu'il faut passer par un intermédiaire. Pas plus que de passer par un exchange grand public, comme Coinbase ou Binance. L’onboarding est simplisme… mais ce sera compliqué d’en sortir vos cryptos. Si ces plateformes sont très efficaces pour faire du trading ou des échanges, elles le sont moins pour gérer les flux constants de revenus de manière automatisée. “Sortir 23 millions de dollars de Coinbase, ça peut prendre beaucoup de temps”, prévient Eytan Messika. Et on ne mentionne même pas le flou qui entoure le statut d’une plateforme comme Binance, aujourd’hui sans attache fiscale.

Comment intégrer cette ligne de revenus dans son écosystème financier ?

“Le statut fiscal des NFT est encore très flou”, observe Eytan Messika. Difficile pour une entreprise de faire rentrer les revenus qu’elle en tire dans une case comptable. “Faut-il y adjoindre une TVA ? Quid des gas fees, ces charges associées à la création d’un NFT. Comment les comptabiliser ? Telles sont les questions que se posent les entrepreneurs”, énumère Eytan Messika. Derrière ce casse-tête comptable, un problème de plus grande ampleur. Parce qu’il est, à date, impossible de convertir automatiquement ses gains cryptos en monnaie Fiat, l’intégration de cette nouvelle ligne de revenus financiers tient de l’équation impossible. Tout simplement parce que les cryptos sont extrêmement volatiles… “Le temps que vous convertissiez les gains issus d’une transaction, vos revenus seront tirés vers le haut ou vers le bas, selon l’état de forme du marché crypto”, rappelle Eytan Messika. 

“Le temps que vous convertissiez les gains issus d’une transaction, vos revenus seront tirés vers le haut ou vers le bas, selon l’état de forme du marché crypto”

Si c’est à la baisse, c’est tout de même dommage de perdre de l’argent par attentisme. Si c’est à la hausse, c’est plutôt une bonne nouvelle mais cela implique, en langage comptable, d’enregistrer une plus value sur ses actifs financiers. Sur quelques transactions, c’est fastidieux mais faisable. “Mais c’est, quand on s’appelle Adidas et qu’on lance une collection de plusieurs milliers de NFTs, mission impossible”, prévient Eytan Messika. Surtout que cela ne concerne pas uniquement les revenus issus de la mise en marché de la collection de NFTs. Pour rappel, l’émetteur d’un NFT touche des royalties (entre 5 et 10%) sur chaque vente sur les marchés secondaires. Autant de transactions supplémentaires à enregistrer donc.

Quelle banque pour m’accompagner dans cette galère ?

Vous pensiez être arrivé au bout de vos peines ? Le pire est peut-être devant vous. “La partie juridique et mise en conformité est un enfer”, estime Eytan Messika. Il faut d’abord composer avec votre équipe légale, pas toujours enthousiasmée avec l’idée de mouiller dans la crypto.  Dans l’univers Fiat, on connaît ses clients mais pas l’origine de leurs fonds. Dans le monde crypto, c’est l’inverse. Les clients sont anonymes mais les fonds peuvent être tracés de bout en bout. Reste que ce n’est pas à la portée du premier venu. “C’est compliqué pour un utilisateur lambda de connaître la provenance des fonds et de s’assurer qu’ils ne proviennent pas de cercles frauduleux”, rappelle Eytan Messika. 

"Certains entrepreneurs voient encore leurs comptes bloqués du jour au lendemain”

Et c’est autant un problème pour votre service juridique que pour votre banque qui, faute de pouvoir attester de la conformité de ces nouveaux fonds (know your transaction) pourra refuser le transfert. Il n’est pas rare qu’une grande banque du retail bloque sans préavis un virement en provenance de Coinbase… voire pire. “Certains entrepreneurs voient encore leurs comptes bloqués du jour au lendemain”, rappelle Eytan Messika. Alors oui, vous aurez toujours la possibilité d’aller en Suisse, en Belgique ou au Portugal, puisque ces environnements sont plus crypto-friendly. Mais ce serait tout de même dommage de quitter l’Hexagone pour ces problématiques. 

Comment automatiser la conversion de mes revenus cryptos ?

“Les pain points sont aujourd’hui nombreux pour les marques qui veulent rentrer sur ce marché”, déplore Eytan Messika. Transférer ses gains cryptos en monnaie Fiat de manière automatisée serait le meilleur moyen de s’affranchir de la volatilité du marché. Les gains sont à peine reçus qu’ils sont déjà convertis. “Nilos planche sur un système lui permettant de faire ces transferts automatiquement pour le compte de ses clients, sans que ces derniers aient besoin de gérer le wallet”, confirme Eytan Messika. 

La plateforme développe une technologie qui lui permet d'automatiser la gestion des revenus issus de la vente de NFTs et de caractériser les flux de revenus en analysant chacune des transactions pour s'assurer qu'elles ne proviennent pas ou n'ont pas fait partie d'un cercle frauduleux (AML check). Elle s'appuie notamment sur des outils 3rd party d'analyse on chain comme par exemple ChainAnalysis, Elliptic ou Score-chain. En cas de doute, les fonds concernés sont mis de côté et sont à analyser. Les autres sont envoyés à la banque. Nilos se rapproche également des banques pour les évangéliser au sujet de la gestion des revenus cryptos. “C’est indispensable pour créer une relation de confiance.” La plateforme se rémunère en prélevant un pourcentage sur les revenus sortis par ses soins. Un moindre mal au regard du casse-tête qu’elle solutionne.

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