26 mars 2026

Temps de lecture : 3 min

Monétisation de l’IA : Qwant promet de reverser 50 % des revenus publicitaires aux médias

Qwant propose de reverser 50 % des revenus publicitaires issus de ses réponses IA aux éditeurs. Une initiative qui se veut à la fois pragmatique et collaborative, dans un contexte où les rédactions redoutent une chute massive de leur trafic et cherchent de nouveaux leviers pour préserver la valeur de leurs contenus.

L’avènement de l’intelligence artificielle générative et des agents conversationnels soulèvent de vives inquiétudes chez les éditeurs qui redoutent une chute drastique de leur trafic. D’après le Reuters Institute, les rédactions anticipent une chute moyenne de 43 % du trafic issu des moteurs de recherche, remplacés par des moteurs de réponses, sans clic.

Face à ce défi, le moteur de recherche franco-européen Qwant se positionne comme un partenaire des médias et cherche à cocréer un modèle économique durable et équitable où l’IA sert la qualité de l’information.

« On ne peut pas arrêter la mer avec les mains »

Certains acteurs de la tech, comme Cloudflare, prônent l’instauration de péages au crawl, mais Qwant juge cette stratégie inefficace. «Vous pouvez empêcher tous les bots que vous voudrez. Tant que Google rentrera, il y aura une porte d’entrée pour accéder au contenu du web », explique Olivier Abecassis, directeur général de Qwant.

Selon lui, construire un modèle de blocage équivaut à vouloir « arrêter la mer avec les mains ». C’est pourquoi il appelle à une collaboration pragmatique où l’IA reste une porte d’entrée vers le contenu et les sites, à condition que les sources soient rétribuées à leur juste valeur.  

Un laboratoire grandeur nature : 50 % des revenus pour les éditeurs

L’entreprise a lancé une expérimentation de 9 mois à laquelle participent déjà plus d’une vingtaine de médias (dont Le Figaro, Ouest-France, L’Equipe, L’Express, le groupe EBRA ou encore TV5 Monde).

Elle vise à mesurer précisément l’impact de l’IA sur le trafic sortant et à tester de nouveaux formats publicitaires contextuels intégrés directement au sein des réponses générées par l’IA.

Cette démarche se veut un prolongement des négociations sur les droits voisins. L’idée est d’analyser les chiffres réels, ensemble, pour définir ce que vaut réellement l’utilisation d’un contenu par une IA.

« Réponse Flash » : transformer la baisse de volume en clics de haute qualité

Concrètement, les réponses générées par l’IA se matérialisent chez Qwant par la « Réponse Flash », l’équivalent des Google Overviews, qui repose sur le modèle de langage français Mistral.

Contrairement à certaines IA opaques, cet outil a été pensé pour respecter et valoriser le travail des éditeurs :

  • L’algorithme extrait 10 passages de 500 caractères maximum issus des articles. Le modèle linguistique a pour interdiction stricte d’utiliser ses propres données d’entraînement. Il ne rédige sa synthèse qu’à partir de ce corpus précis que Qwant lui fournit.
  • La règle d’or de l’IA est le fameux « shit in, shit out » : sans ces contenus fiables, l’IA produit de mauvaises réponses. Les articles sont donc systématiquement sourcés et mis en avant.

Il est probable que les outils d’IA fassent baisser le volume global de clics, mais Olivier Abecassis invite les éditeurs à regarder la valeur réelle de l’audience restante. Un lecteur qui choisit de cliquer sur un lien après avoir lu un résumé pertinent généré par l’IA est un lecteur ultra-qualifié. Il aura un parcours de lecture plus long et aura donc une bien meilleure valeur publicitaire qu’un simple clic de rebond.

Qwant milite pour une IA hybride et responsable, qui ne s’active pas pour 100 % des requêtes. « Utiliser des GPU [cartes graphiques gourmandes en énergie, ndlr] pour donner le lien vers un site marchand, plutôt que de s’y rendre directement, ce n’est pas souhaitable dans l’évolution des usages. Nous essayons d’avoir l’approche la plus frugale possible », souligne le DG de Qwant. L’IA est donc réservée aux moments où elle apporte une réelle valeur ajoutée, dans 50 à 60% des requêtes.

La technologie de recherche Qwant gratuite sur les sites

Pour aller plus loin dans le partenariat, Qwant propose de résoudre un « pain point » récurrent chez de nombreux médias : la qualité du moteur de recherche interne. Dans le cadre de l’expérimentation, Qwant propose aux éditeurs d’intégrer gratuitement sa propre technologie de recherche et de synthèse directement sur leurs sites web, afin d’améliorer l’expérience utilisateur et la découvrabilité de leurs propres archives.

« Si vous ne faites rien, vous perdrez »

Sur un marché outrageusement dominé, Olivier Abecassis se montre lucide face à son concurrent principal, Google. Toutefois, il rappelle l’anomalie démocratique d’avoir « un acteur qui détient 90 % du marché » et souligne l’importance d’offrir une alternative respectueuse de la vie privée et garante de la diversité.

À l’heure où prolifèrent les contenus générés par IA et les fake news, le DG affirme que « les éditeurs de presse ont la clé de l’IA de qualité ». Mais pour survivre et tirer parti de cette transition, le message adressé aux médias résonne comme un appel à l’action immédiate : « Si vous ne faites rien, c’est sûr, vous perdrez ».

Les chiffres clés de Qwant :

  • 6M d’utilisateurs dans le monde
  • 4M de visiteurs uniques mensuels
  • 150M de requêtes mensuelles
  • 90% de l’audience en France

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