20 avril 2026
Temps de lecture : 3 min
Avant de lancer son offre publicitaire GEO (Generative Engine Optimization), Le Monde a d’abord structuré sa stratégie autour de l’intelligence artificielle générative avec plusieurs partenariats majeurs, notamment avec OpenAI en mars 2024, puis Perplexity et Meta en 2025. Cette démarche s’inscrit dans un plan en trois séquences : protéger les contenus du groupe via des clauses d’opt-out (pour empêcher le crawl de certains articles par des bots) et une charte de déontologie stricte, expérimenter de nouveaux usages comme l’intégration de Perplexity dans leur application (pour répondre à des questions des lecteurs) et garantir la circulation d’une information vérifiée.
Dans cette vision, l’IA reste un outil et non un créateur. Comme l’explique Charles Duenas, Directeur Data & CRM au Groupe Le Monde : « Nos contenus générés par des humains ont énormément de valeur. L’IA nous permet de les décliner sur différents formats ». C’est ce que l’on appelle « l’info liquide », une méthode permettant d’adapter un contenu humain initial sous de multiples formes, comme l’audio ou la traduction.
A lire sur le sujet : Qu’est-ce que « l’info liquide », ce nouveau concept propulsé par l’IA qui transforme notre consommation des médias, adopté par La Provence et Les Echos ?
Lancée en novembre 2025, l’offre GEO de M Publicité (régie du groupe) a déjà séduit des annonceurs issus de secteurs variés tels que l’automobile, la banque, l’assurance ou encore le luxe. Tout comme d’autres médias ayant lancé leur offre GEO, elle propose aux marques un audit, une production de contenus et un bilan stratégique.
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Mais ce qui distingue véritablement Le Monde sur ce marché naissant est l’accès à une donnée déterministe. La régie a accès à des données exclusives issues notamment d’OpenAI, là où de nombreuses agences se basent sur des tests probabilistes à petite échelle. En raison du caractère sensible de ces données, la technologie a été développée en interne. Elle est complétée par l’expertise de l’entreprise américaine Profound sur l’analyse des prompts.
Charles Duenas précise : « Nous recevons quotidiennement des données sur l’exposition de nos articles dans ces modèles. En croisant ces informations avec nos propres métadonnées (rubriques, formats, analyse sémantique), nous sommes capables de comprendre de façon déterministe quelles thématiques et quelles techniques GEO fonctionnent réellement ». Une force de frappe qui permet au média d’identifier des schémas récurrents et d’offrir des recommandations très fines aux annonceurs.
Face à l’émergence du GEO, une tentation existe sur le marché, celle de produire des articles uniquement formatés pour les robots, remplis de puces et de tableaux illisibles, dans le seul but serait d’apparaître dans les réponses de ChatGPT. Cette approche est balayée par Le Monde.
Justine Werbrouck, Directrice marketing et stratégie chez M Publicité, est catégorique sur ce point : « Demain, il n’y aura pas un Le Monde dédié aux moteurs conversationnels et un autre pour les lecteurs humains. Nos articles brand content doivent d’abord répondre à l’enjeu d’intéresser notre lecteur, tout en favorisant la visibilité de la marque dans les moteurs d’IA ». Le média garantit ainsi un trafic humain classique sur les contenus hébergés sur lemonde.fr via des leviers traditionnels (social, display), tout en assurant une visibilité augmentée au sein des intelligences artificielles.
Dans la pratique, le fonctionnement de cette offre décloisonne les services : les équipes de la publicité collaborent étroitement avec les équipes « audiences » (qui géraient historiquement le SEO) et les équipes data du journal.
Le GEO va-t-il tuer le SEO ? Pour les deux experts, la réponse est non, du moins pour le moment. Les deux canaux répondent à des logiques différentes. « Les critères de sélection des articles par l’IA ne sont pas forcément les mêmes que ceux du search, tout comme les requêtes des utilisateurs sur ChatGPT diffèrent grandement de celles tapées sur Google », observe Charles Duenas.
Justine Werbrouck ajoute que les deux usages sont aujourd’hui complémentaires : « Les thématiques qui performent dans les « top articles » de ChatGPT ne sont pas forcément les mêmes que sur Google ».
On observe ainsi un nouveau parcours utilisateur : la phase d’exploration d’un produit débute souvent sur l’IA générative, tandis que la concrétisation de l’achat se finalise via les moteurs de recherche traditionnels. Cette fragmentation du parcours pose d’ailleurs de nouveaux défis passionnants pour les marques, notamment en matière de mesure de la performance et d’intégration du GEO dans leurs modèles de mix marketing (MMM).
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