8 février 2026
Temps de lecture : 5 min
Les discours sur les jeunes et l’information reposent sur des idées simples. Et souvent fausses. Le rapport Next Gen News 2 du Financial Times et la Fondation Knight montre un écart fort entre perception et réalité.
Cette étude repose sur l’analyse des modes de consommation d’information des 18-25 ans, dans cinq pays (Brésil, USA, UK, Inde, Nigéria). Avec un corpus de 1000 personnes interrogées par pays, via sondage et entretiens.
Par ailleurs, 19 producteurs d’information ont été interviewés au Brésil, au Danemark, en Inde, en Allemagne, aux Pays-Bas, au Nigéria, à Singapour, au Royaume-Uni et aux États-Unis.
55 % des 18-24 ans consultent l’actualité chaque jour et 82 % le font chaque semaine. On voit certes qu’ils s’informent plutôt moins que leurs aînés, mais on est très loin d’un abandon informationnel massif.

Leçon : Le problème ne vient pas tant de la demande que de l’offre : sujets traités, formats proposés et canaux de diffusion.
Exemples : HugoDécrypte publie un rendez-vous quotidien stable. The Daily Aus mise sur des formats simples et réguliers.
L’attention varie selon le sujet. Le rapport Next Gen News 2 montre trois comportements distincts.
Le scroll sert à surveiller l’actualité
Le seek sert à comprendre un sujet précis
Le subscribe sert à suivre une thématique ou une source dans le temps

Les jeunes utilisent surtout le scroll par défaut. Ils regardent les titres, évaluent l’intérêt en quelques secondes. Ce n’est pas un rejet, mais une adaptation à l’offre pléthorique du flux, une économie rationnelle de leur attention.
Quand un sujet touche leur vie, le comportement change. Logement, travail, études, climat, santé mentale déclenchent la recherche (« seek ») d’explications fiables et complètes.
Les médias échouent souvent à ce stade. Ils proposent soit trop peu, soit trop tôt trop long.
Ils exigent de l’attention avant d’avoir créé l’intérêt.
Leçon éditoriale : acceptez le scroll comme une étape normale. Créez des contenus conçus pour être survolés. Soignez les titres, les visuels, la hiérarchie. Préparez ensuite des chemins clairs vers le « seek« . Un lien, un bouton, une promesse explicite suffisent. “Pourquoi ça compte”, “ce que ça change”, “ce qu’on sait”.
Exemples :
Brut capte l’attention dans le flux sur Instagram, puis creuse dans des formats beaucoup plus longs sur Youtube et sur son site. Vox, de la même façon relie un sujet aperçu à une analyse approfondie.
Lorsqu’ils trouvent une information qui les touche, ils s’y intéressent. Plus de 65 % ont répondu que « lorsqu’un sujet les intéresse, ils préfèrent un article de fond à un résumé ». Par ailleurs, 38 % regardent des vidéos d’actualité de plus de dix minutes.
Leçon : identifiez ces sujets importants pour eux, et pour cela, embauchez des jeunes qui vivent de la même manière que le public cible.
Exemple : Les vidéos à succès créées par Les Echos sont aussi le résultat du recrutement de jeunes journalistes qui ont su inventer des formats sur Youtube qui leur plaisaient. Résultat : ça plaît aussi à un public plus jeune. Et on est sur des formats plutôt longs : de 7 à plus de 20 minutes !

Les jeunes interrogés dans les cinq pays déclarent suivre l’actualité politique quand elle touche leur vie directe : logement, travail, études, climat, discriminations déclenchent l’attention. Les jeux d’appareil et les petites phrases la coupent.
Ils décrochent quand l’info « Ne se concentre pas sur les problèmes principaux et se focalise sur des titres inutiles ». p.25.
Mais elle passe du « scroll » au « seek » quand l’impact devient personnel.
Leçon : Reliez les sujets aux effets concrets. Montrez ce que ça change pour eux. Expliquez les décisions. Évitez les commentaires hors-sol.
Exemple : Le Monde publie des décryptages orientés impacts, comme ce dossier approfondi sur les rythmes scolaires
Non, les jeunes ne subissent pas passivement les plateformes. 61 % modifient leurs flux (en likant avec parcimonie les contenus qu’ils apprécient le plus pour influencer l’algorithme). 44 % suppriment des applications d’info qu’ils jugent inutiles. Ils arbitrent sans cesse, ils testent, ils coupent.
Leçon : Donnez du contrôle éditorial à l’utilisateur. Redonnez du contrôle à l’utilisateur.
Offrez des choix simples et visibles. Proposez le suivi de thèmes, des alertes réglables, des newsletters à plusieurs fréquences…
Exemples : The Guardian propose myGuardian. The Verge permet de suivre sujets et auteurs.

76 % des jeunes consomment l’info via réseaux sociaux. Mais c’est loin d’être leur seul mode d’accès à l’information. 73% déclarent accéder aussi aux infos via la TV et la radio, 70% via les moteurs de recherche, 66% via Youtube et consort…

Par ailleurs, les jeunes interrogés préfèrent une source directe ensuite pour valider la véracité de ce qu’ils ont vu ou lu.
« Ils considèrent souvent les événements comme avérés uniquement s’ils sont relatés par un média d’information traditionnel. » p.26
« Les médias d’information traditionnels demeurent la principale source d’information pour beaucoup lorsqu’il s’agit de corroborer ou de vérifier une information. » concluent les auteurs du rapport (p.27)
Leçon : Traitez les plateformes comme des sas. Organisez la sortie vers vos espaces. Expliquez pourquoi venir et ce qu’ils gagnent.
Exemple : Sur Instagram, Le Point renvoie vers son site à partir d’une page de sa bio qui reproduit l’ensemble de ses publications. Une façon de contourner la limitation du réseau qui empêche de faire des liens externes dans les publications.

Les entretiens qualitatifs menés par le Financial Times ne disent pas cela. Les 18-25 ans continuent de faire confiance aux médias établis pour vérifier un fait.
« Les jeunes consommateurs accordent certes une grande importance aux créateurs et aux sources d’information alternatives, mais ils continuent de faire la plus grande confiance aux producteurs d’information traditionnels. Environ la moitié des personnes interrogées ont cité au moins un producteur d’information traditionnel, et ces derniers ont presque toujours obtenu les meilleurs scores de confiance ».
Leçon : Montrez le travail journalistique, affichez votre valeur ajoutée.
Sources, méthode, choix éditoriaux.
Exemples : Franceinfo détaille la vérification. Les Jours explique ses choix éditoriaux.
La majorité des personnes interrogées lient la confiance au ton et à l’intention perçue. Ils veulent comprendre pourquoi un sujet existe.
Ils acceptent une voix, mais refusent la manipulation.
Leçon éditoriale :
Assumez une incarnation honnête, mais gardez une rigueur forte sur les faits. Expliquez le “pourquoi”, pas seulement le “quoi”.
Exemples : El Surtidor, journal paraguayen, assume une voix claire, un engagement honnête sur les faits. Mediapart en fait de même en France.

Les questionnaires qualitatif tendent à montrer que les 18-24 ans évitent l’info surtout quand elle ne propose aucune issue. Mais en réalité, ils fuient plutôt moins les news que leurs aînés (en moyenne sur l’ensemble de répondants).

Leçon : Ajoutez solutions et perspectives. Donnez des clés, donnez du sens.
Exemples : La BBC propose plusieurs rubriques constructives sur l’environnement, le climat, le développement durable. The Guardian lui aussi, développe le journalisme de solutions, via sa rubrique et ses newsletters « The upside ».
50 % des jeunes de 18 à 25 ans interrogés trouvent l’IA utile pour la comprendre les nouvelles. Entre 42 et 48% d’entre eux trouvent l’IA utile aussi pour résumer une histoire ou donner du contexte et des explications.

Néanmoins, 68 % préfèrent l’information créée par des humains :

Leçon : Utilisez l’IA comme appui pour être plus pédagogue et accessible, notamment. Mais, sur le fond, renforcez l’humain, pas l’inverse. Expliquez, vérifiez, contextualisez.
Exemples : The Economist propose des résumés augmentés. The Guardian renforce l’explication humaine
Les jeunes ne tournent pas le dos à l’information mais gèrent leur attention avec rigueur. Ils passent du scroll au seek, puis au subscribe, selon les sujets. Les médias qui réussissent acceptent cette logique, clarifient leur valeur, et construisent une relation durable. Pour les faire payer, en revanche, il faut attendre encore quelques années sur de l’information générale (vers 30 ans).
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