9 février 2026

Temps de lecture : 3 min

AI Overviews : pourquoi Google retarde en France et pourquoi l’impact sera plus violent qu’ailleurs

Dans cette chronique, Thomas Skowronski explique pourquoi les AI Overviews tardent à arriver en France et quel sera l'impact pour les éditeurs et les marques quand ce sera le cas.

(Ceci n'est pas une image promotionnelle pour un film catastrophe avec The Rock)

Les AI Overviews sont arrivés aux États-Unis au printemps 2024, puis ont été déployés dans de nombreux autres pays, bien au-delà du monde anglophone. Google affirme maintenant que la fonctionnalité est disponible dans plus de 200 pays et plus de 40 langues. Pourtant, la France fait partie des rares exceptions. Ce retard soulève des questions, surtout que les effets sont déjà visibles là où la fonctionnalité est en place.

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Une rupture déjà bien réelle à l’étranger

Les AI Overviews affichent en haut des résultats une réponse générée par l’intelligence artificielle. Google ne se contente plus de classer des liens. Il résume le contenu, reformule l’information et donne une réponse directe à l’utilisateur.

Dans les pays où cette fonctionnalité est disponible, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Aux États-Unis, quand les AI Overviews apparaissent, le taux de clic sur les résultats naturels baisse en moyenne de 20 à 40 % (Source : ahref). Pour certaines recherches très informatives, la baisse dépasse même 60% (Source : Seer intereractive). Les utilisateurs n’ont plus besoin de cliquer, car la réponse est déjà fournie.

Un autre effet concret est la concentration de la visibilité. Avant, la première page affichait dix liens. Avec un AI Overview, seules trois à cinq sources sont mises en avant. La concurrence pour apparaître dans la réponse devient donc bien plus forte.

Un autre phénomène, plus discret mais important, se produit : les marques sont souvent mentionnées sans que leur URL ne soit clairement visible. Elles apparaissent dans la réponse, mais il devient difficile, voire impossible, de mesurer le trafic. La visibilité persiste, mais la performance habituelle diminue.

Pourquoi la France reste à l’écart

Ce retard n’est pas seulement un problème technologique. Il s’explique surtout par un cadre réglementaire européen très strict. Le Règlement général sur la protection des données impose des règles strictes sur l’utilisation des données personnelles et la transparence.

Le Digital Markets Act oblige aussi les grandes plateformes à garantir un accès équitable à leurs services et données, ce qui concerne aussi l’intelligence artificielle et fait l’objet de discussions avec la Commission européenne. 

Enfin, le Digital Services Act renforce les obligations de transparence et de responsabilité pour les moteurs de recherche et autres plateformes numériques. Ces règles, plus strictes qu’en Amérique du Nord, expliquent en partie pourquoi Google avance plus lentement en France.

Ces tensions sont déjà visibles ailleurs. Au Royaume-Uni, la Competition and Markets Authority a récemment proposé un ensemble de mesures visant explicitement les services de recherche de Google (Source : Gov.UK). Le régulateur y alerte sur les risques d’auto-préférence, la mise en avant de réponses synthétiques au détriment des éditeurs et l’asymétrie croissante entre la plateforme et les producteurs de contenus.

La France est au centre de ce bras de fer. Lancer les AI Overviews ici créerait un précédent pour tout le marché européen. Google avance donc prudemment et préfère renforcer son modèle ailleurs avant de faire face à un cadre réglementaire plus contraignant.

Un choc différé, mais potentiellement amplifié

Ce retard donne l’impression d’un sursis, mais en réalité, il ne fait que retarder l’impact.

Quand les AI Overviews arriveront en France, ils ne seront plus en phase de test. Ils seront déjà stables, après des mois d’essais dans d’autres pays. Leur impact pourrait donc être encore plus important.

Les premiers touchés seront les éditeurs et les sites de contenus. Aux États-Unis, certains estiment déjà avoir perdu 10 à 20 % de leur trafic SEO sur les requêtes concernées, sans baisse équivalente de leur visibilité sur Google. Dans un marché français encore fortement dépendant de la recherche, l’impact pourrait être plus fort.

Pour les marques et les annonceurs, le changement est tout aussi net. Le point de contact principal n’est plus la page d’accueil, mais la réponse générée. Être visible ne suffit plus : il faut être choisi, cité ou recommandé par l’algorithme. La performance se joue désormais avant le clic.

Pour les utilisateurs, l’avantage est clair : moins de complications, des réponses plus rapides, une expérience plus simple. Mais ce confort a un prix : la diversité des sources diminue et le choix est de plus en plus guidé par la synthèse de la machine.

Une question de préparation, pas de calendrier

Les AI Overviews ne signifient pas la fin du SEO, mais en changent profondément la logique. Le principal indicateur n’est plus seulement le trafic, mais la capacité à apparaître dans une réponse générée.

La vraie question n’est donc pas de savoir quand les AI Overviews arriveront en France, car ils finiront par arriver. Il s’agit plutôt de savoir si l’écosystème français se prépare dès maintenant à un web où l’IA ne se contente plus d’organiser l’information, mais choisit aussi ce qui doit être montré.

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