22 février 2026
Temps de lecture : 3 min
Près d’1 Français sur 2 (48%) a déjà utilisé ou envisage d’utiliser un outil d’IA générative pour se renseigner sur la politique. C’est l’un des chiffres issus de l’étude IPSOS publiée le 17 février dernier. Il interpelle à quelques semaines des municipales de mars et 13 mois de la présidentielle 2027.

Les personnes interrogées se renseignent sur les programmes (39%), les principales positions d’une personnalité ou d’un parti (31%). Et à 30%, elles cherchent des aides à la décision pour connaître le candidat ou le parti qui leur correspond le plus.

C’est une sacrée responsabilité de confier une telle mission citoyenne à des outils probabilistes « qui sont tout sauf intelligents, Il se nourrissent de l’info qu’on leur donne », comme le rappelait Sophie Gourmelin, pdg du groupe Ebra, lors de la présentation de cette étude

Ces usages posent aussi la question des ingérences et manipulations possibles de ces outils pour influencer les opinions et les choix de vote.
Surtout quand les outils les plus utilisés par les Français sont étrangers (et très majoritairement américains pour le moment) : 50% des Français ont déjà utilisé ChapGPT (OpenAI), 42% Gemini, 37% Meta AI et 28% Microsoft Copilot.

Ce, alors que diverses études apportent de nouvelles preuves de l’effet des algorithmes tels que celui de X sur l’opinion publique mondiale.
Un article de la revue Nature portant sur une cohorte de 5000 personnes conclut que l’algorithme de X a des effets persistants sur les opinions politiques actuelles des utilisateurs et notamment :
« Un engagement accru et un glissement de l’opinion politique vers des positions plus conservatrices, notamment en ce qui concerne les priorités politiques, la perception des enquêtes criminelles visant Donald Trump et les opinions sur la guerre en Ukraine. »
Quand ils sont pilotés par des personnalités comme Elon Musk qui prétendent influencer l’agenda politique à l’échelle mondiale, il faut s’en inquiéter.
De la même façon, une étude d’Arago publiée le 18 février démontre que Sarah Knafo, candidate Reconquête à Paris, bénéficie d’une amplification algorithmique sur X trois fois supérieure à son audience organique. L’équivalent de 44.000 euros de publicité gratuite.

Guillaume Ledit résume sur LinkedIn :
« Ce n’est pas un bug : c’est une fonctionnalité : celle qui vise à amplifier les idées et personnalités d’extrême-droite dans le monde, et sur notre continent. Musk booste l’AfD en Allemagne, Reform UK en Grande-Bretagne, Reconquête en France. La plateforme est devenue une arme géopolitique au service du projet réactionnaire. Dont beaucoup, ici et ailleurs, semblent s’accommoder. »
« La liberté d’expression c’est du pur bullshit – une connerie – si personne ne sait comment on est guidé à travers cette soi-disant liberté d’expression. » a expliqué Emmanuel Macron à des étudiants lors d’une visite le 19 février en Inde.
Une phrase tronquée qui a mis le feu à toute une flopée d’influenceurs et autres trolls d’extrême-droite, qui ont aussitôt dénoncé la censure du Président (pour des supporters béats de Vladimir Poutine, c’est un peu gonflé).

Cette réaction n’est pas sans interroger d’ailleurs sur l’activisme russe qui sévit sur les réseaux sociaux et cherche à nous déstabiliser par tous les moyens, comme le rappelle régulièrement Viginum.
Le président français pose la vraie question : peut-on parler de liberté d’expression quand personne ne sait comment les algorithmes orientent l’information ?
C’est précisément l’objet du règlement européen sur les services numériques (DSA). Celui-ci impose aux plateformes de rendre plus transparent le fonctionnement de leurs algorithmes.
Elles doivent aussi préciser comment elles recommandent des contenus ou des publicités selon le profil des utilisateurs.
Les très grandes plateformes et les très grands moteurs de recherche (19 grands acteurs en ligne dont la liste a été publiée sur le site de la Commission) ont des obligations supplémentaires. Elles doivent proposer un système de recommandation qui ne repose pas sur le profilage.
Elles doivent aussi publier un registre public des publicités. Ce registre indique notamment qui finance l’annonce, comment elle cible certains publics et pour quelles raisons.
Le problème est qu’actuellement les plateformes d’IA ne sont pas intégrées à ce dispositif. Par ailleurs, la lenteur des procédures fait craindre que les manipulations notamment politiques aient lieu bien avant la moindre sanction.
La grande instabilité géopolitique à laquelle nous assistons, avec les velléités impérialistes de la Russie, de la Chine, mais aussi des Etats-Unis sous la férule de Trump, nous invitent à une très grande vigilance. De plus en plus, se dessine un projet concerté, sinon coordonné, pour déstabiliser l’Europe, en favorisant les partis d’extrême-droite qui y sont hostiles. Pour y parvenir, les outils technologiques du quotidien sont utilisés. Il est crucial d’en avoir conscience pour désamorcer le risque de manipulation et préserver notre libre-arbitre.
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